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KOUROU 2013 – Rencontre avec mon totem

Les flancs frémissants, jaguar en chasse, je bondis dans la nuit noire.
Parmi une centaine de bipèdes, joyeusement je m’élance. Il fait 27°.


Les éclairages publics défaillent ; j’ouvre bien grand mon œil de caïman noir, les pièges urbains ne manquent pas. Les vampires s’en moquent, qui volètent deux par deux.


Le jour se lève, une fine pluie rafraichit l’atmosphère et réjouit rainettes rousses et autres crapauds bœufs. Les bipèdes la trouvent un peu trop précoce.


Un quart d’heure plus tard, il fait chaud, même si la couverture grise du petit été de mars nous protège. Parfois le ciel s’ouvre brièvement, éblouissant, couleur morpho, et de suite le soleil brûle.


Malin comme un singe, je ne rate aucun poste d’eau, car ils sont peu nombreux.


Je rejoins une troupe de jeunes Ibères, expatriés ici pour les besoins de l’espace ; ils sont vaillants, détalent comme des agoutis, et me laissent loin derrière…


Le long ruban de bitume fend en deux le désert vert, peuplé d’awaras, de maripas, de flamboyants, bananiers et autres wassaïs ; C’est alors un demi-tour au milieu de gigantesques bâtiments aux acronymes mystérieux : BAF, BIL, CDL, ZL3…



Les pompiers de Paris veillent, prêts à noyer toute velléité d’incendie, celui du bipède inclus, il fait si chaud… le soleil poursuit sa course, très haut au dessus de nos têtes.


Le vent est plutôt de face maintenant, apportant une fausse impression de fraîcheur, mais les alizés sont trompeurs, car derrière la cuisson continue…


Je suis fatigué maintenant, je me déshydrate peu à peu, le feu du ciel me tombe dessus, et je prends les belles couleurs de l’ara ou de l’ibis rouges… ma vitesse se rapproche désormais de celle du mouton paresseux, et les huit pattes de la matoutou ne seraient pas de trop pour m’aider un peu.



Je danse avec joie sous les douches improvisées au hasard d’un bas-côté, je deviens loutre… puis anaconda ou serpent corail lorsque de plus en plus lentement je rampe vers le but.


Une brusque et forte pluie équatoriale éclate, salvatrice, et je m’ébroue comme le cabiaï dans les marais de Kaw. Les degrés tombent avec les énormes gouttes, la réaction du corps est immédiate. Je glisse au bord de l’herbe tel le maïpouri, je reprends de la vitesse …mais ma carapace de fatigue me plaque à nouveau au sol. Tortue Luth je suis devenu.

Mais quand les bruits de la ville se font entendre, l’énergie revient en moi, en ai-je fait le plein à Petit-Saut ? Je redeviens puma, puis uburu royal, et je prends mon envol.
Le kikiwi me salue de son strident sifflet, moi qui porte ses couleurs jaune et noire sur la tête.

J’ouvre les bras, et d’un ultime battement d’aile, le Toucan casse sur la ligne.


Ce dimanche, j’ai couru le 23ème marathon de l’Espace à Kourou.

4h36 de lutte, d’hallucinations et de bonheur…


 

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Invité
mardi 21 mai 2019